L’histoire récente des conflits en République centrafricaine est jalonnée de nombreuses intrigues. C’est une histoire dans laquelle, pendant que le régime au pouvoir tente de tendre la main aux groupes armés afin de parvenir à des compromis et de favoriser le retour à la paix, certaines décisions peuvent, paradoxalement, contribuer à fragiliser davantage le pouvoir. La question mérite donc d’être posée : à l’avenir, les Centrafricains accepteront-ils encore que d’anciens chefs rebelles soient nommés à de hautes responsabilités, alors que de nombreux jeunes Centrafricains compétents et valeureux restent dans l’anonymat et attendent leur tour ?
Cette interrogation renvoie à plusieurs épisodes de l’histoire politique et militaire du pays. À différentes périodes, des responsables issus de mouvements rebelles ont pu accéder à des postes importants dans le cadre d’accords politiques ou de compromis destinés à ramener la paix. Mais l’expérience montre également que ces arrangements peuvent comporter des risques lorsque certains bénéficiaires conservent, en arrière-plan, des ambitions incompatibles avec la stabilité du pays.
Après les compromis intervenus avec les
rebelles de la Séléka, stationnés derrière une ligne rouge située au niveau de Damara, Michel Djotodia devient ministre de la Défense de la République centrafricaine. Il s’agit alors d’un poste stratégique, directement lié à la sécurité et à la défense du pays. Quelques mois plus tard, le 24 mars 2013, la coalition de la Séléka entre dans Bangui et renverse le régime du général François Bozizé, au pouvoir depuis 2003. Cet épisode constitue l’un des tournants majeurs de la crise centrafricaine.
Arrivé légalement au pouvoir par les urnes, le président Faustin-Archange Touadéra a, à son tour, privilégié une politique de la main tendue afin de ramener progressivement la paix dans le pays. Cette démarche a notamment été encouragée par l’Accord politique pour la paix et la réconciliation, signé à Khartoum le 6 février 2019. Plusieurs responsables issus des groupes armés ou leurs représentants ont ainsi été associés à la gestion des affaires publiques, certains accédant même à des fonctions ministérielles.
Mais l’épisode de la fin de l’année 2020 est venu rappeler les limites et les difficultés de cette stratégie. Une nouvelle offensive de groupes armés a tenté d’ébranler le régime. Avec l’appui des forces rwandaises et des instructeurs russes, les autorités centrafricaines ont réussi à contenir cette offensive et à préserver Bangui. Une nouvelle leçon semblait alors s’imposer : la paix politique ne peut reposer uniquement sur la confiance accordée aux anciens adversaires, mais doit également s’accompagner de garanties solides et de mécanismes de contrôle.
En 2026, les nouvelles tensions dans le nord-est du pays, notamment autour de Birao et d’Am-Dafock, viennent une fois encore rappeler la fragilité de la paix en République centrafricaine. Le pays doit désormais tirer les leçons de son passé. La politique de la main tendue peut être nécessaire pour mettre fin aux conflits, mais elle ne doit jamais se traduire par un abandon des intérêts fondamentaux de l’État.
La République centrafricaine a besoin de paix, mais aussi de responsabilité, de vigilance et de mérite. Les jeunes Centrafricains compétents ne devraient pas être éternellement relégués au second plan pendant que ceux qui ont pris les armes bénéficient de promotions politiques. L’avenir du pays doit donc être construit autour d’une paix durable, mais également autour de la confiance dans les compétences et les talents de ses propres citoyens.
HILAIRE DEBALLE