Débâcle à Zemio : le Haut-Mbomou en ébullition

C’est le branle-bas de combat à Zemio, dans le Haut-Mbomou, une région longtemps considérée comme la chasse gardée de la milice Azandé Anipkigbé. Les Forces armées centrafricaines (FACA), soutenues par leurs alliés russes, ont lancé une offensive décisive contre les groupes armés locaux. Des centaines de soldats sont déployés au sol, tandis que l’armée bénéficie d’un appui aérien impressionnant : avions de chasse et hélicoptères russes balaient le ciel, traquant toute présence rebelle.Les combats ont déjà fait plusieurs morts parmi les rebelles, et de nombreux autres ont été capturés. Les Russes, selon des sources locales, appliquent une stratégie stricte pour marquer les esprits, rappelant que défier l’autorité de l’État centrafricain peut coûter cher. Pendant ce temps, des milliers de civils fuient la zone, cherchant refuge dans des localités plus sûres. Le Haut-Mbomou devient ainsi le théâtre d’un conflit complexe où se mêlent enjeux ethniques, revendications politiques et luttes pour le contrôle territorial.Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut remonter à plusieurs années. La population Zandé du grand nord a souvent été prise pour cible par les grandes rébellions qui ont secoué le pays. L’UPC d’Ali Darass, par exemple, a semé la terreur dans cette région, attaquant systématiquement les villages Zandé. Face à cette menace, les Zandé ont organisé une résistance armée, appuyée par le gouvernement de Bangui, qui les a formés et équipés pour contrer les rebelles sur le terrain.Après ces affrontements, la situation semblait revenir à la normale. Mais un sentiment de frustration est né parmi les Zandé. Isolés à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale, ils se sentent « les oubliés, les délaissés du pouvoir », plus proches du Soudan que de Bangui. Ce sentiment d’abandon nourrit aujourd’hui des revendications d’indépendance et la volonté d’établir ce qu’ils appellent une « République Zandé ».Le premier incident sérieux est survenu lorsque plusieurs FACA, pourtant formés et soutenus par l’État, ont été attaqués par des membres de la communauté Zandé. Ces affrontements ont été violents et ont mis les soldats en difficulté, obligeant l’État à entamer des négociations. Depuis, la tension ne cesse de croître, exacerbée par des alliances locales et des rivalités historiques.Aujourd’hui, la présence russe se fait de plus en plus visible. Leur engagement vise non seulement à soutenir l’armée centrafricaine, mais aussi à protéger le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra et à sécuriser les populations. Malgré la volonté du président Touadéra d’instaurer la paix par la négociation, les armes restent un élément central pour rétablir l’ordre dans le Haut-Mbomou.Le conflit à Zemio illustre les défis profonds auxquels la Centrafrique est confrontée : le long isolement de certaines communautés, les blessures historiques laissées par les rebellions, et la difficulté de maintenir l’unité nationale dans un pays où la géographie et l’histoire ont souvent créé des fractures. Le Haut-Mbomou reste une région stratégique, non seulement pour sa position géographique, mais aussi pour le symbole qu’elle représente : celui de la résistance d’un peuple et de la détermination de l’État à protéger son territoire et sa population.Entre luttes pour la survie, rivalités ethniques et présence internationale, le chemin vers la paix reste semé d’embûches. Mais un message demeure clair : la sécurité des populations et la préservation de l’unité nationale doivent primer sur toutes les ambitions séparatistes. La bataille de Zemio n’est pas seulement un affrontement militaire, c’est un test pour l’autorité de l’État et la cohésion de la Centrafrique.

HILAIRE DEBALLE

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