Depuis 2016, la République centrafricaine s’est engagée dans un vaste chantier de reconstruction de son secteur de la défense, considéré comme un pilier essentiel de la restauration de l’autorité de l’État et de la sécurisation du territoire national. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte post-crise marqué par la fragilisation des institutions, la désorganisation des forces armées et la persistance de groupes armés sur une partie du territoire.
Sous l’impulsion des autorités nationales, notamment à travers le ministère de la Défense nationale et de la Reconstruction de l’Armée, dirigé par Claude Rameaux Bireau, des réformes structurelles ont été progressivement mises en œuvre afin de redonner aux Forces armées centrafricaines (FACA) leur rôle régalien. Ces réformes ont porté à la fois sur les effectifs, l’organisation, la formation et le redéploiement des forces sur le terrain.
En 2016, au moment du lancement de ce processus, les FACA disposaient d’un effectif estimé à environ 6 000 hommes, un nombre jugé insuffisant au regard des défis sécuritaires d’un pays vaste, enclavé et confronté à des menaces internes persistantes.
La priorité a alors été donnée à la reconstitution des effectifs, dans le respect des critères de recrutement, ainsi qu’à la remise à niveau des personnels à travers des programmes de formation et de recyclage.
Au fil des années, les effectifs des FACA ont connu une augmentation significative. En 2025, ils sont estimés à environ 26 000 militaires, traduisant une montée en puissance progressive de l’armée nationale.
Il sied de préciser que cette évolution résulte d’efforts conjoints en matière de recrutement, de formation et d’encadrement, avec l’appui de partenaires bilatéraux et multilatéraux impliqués dans la réforme du secteur de la sécurité.
Parallèlement à l’augmentation des effectifs, les autorités ont mis l’accent sur la structuration de l’institution militaire. La réorganisation des chaînes de commandement, l’amélioration de la discipline, ainsi que le renforcement des capacités opérationnelles figurent parmi les axes prioritaires de cette réforme. Le redéploiement progressif des FACA dans les préfectures, souvent en coordination avec les forces de sécurité intérieure, vise à assurer une présence étatique plus visible et à contribuer à la sécurisation des populations civiles.
Dans la continuité de ces efforts, l’adoption de la Loi de programmation militaire (LPM) 2025-2032 marque une nouvelle étape dans la planification stratégique de la défense nationale. Ce cadre légal définit les orientations à moyen et long terme en matière de ressources humaines, d’équipements, d’infrastructures et de logistique. Il vise à inscrire la réforme des forces armées dans une perspective durable, au-delà des réponses conjoncturelles aux crises sécuritaires.
La LPM met également l’accent sur la professionnalisation des FACA, considérée comme un facteur clé de leur efficacité et de leur crédibilité. Cela inclut l’amélioration des conditions de vie des militaires, la modernisation des équipements, ainsi que le renforcement des capacités de formation initiale et continue. L’objectif affiché est de disposer d’une armée républicaine, respectueuse des institutions et des droits humains, et capables d’assurer ses missions sur l’ensemble du territoire national.
Selon les projections contenues dans les documents de planification, les autorités ambitionnent, à terme, de porter les effectifs des forces armées à environ 50 000 hommes. Cette perspective s’inscrit dans une vision globale de renforcement de la souveraineté nationale et de réduction progressive de la dépendance sécuritaire vis-à-vis des forces extérieures.
Toutefois, les défis demeurent importants. La montée en puissance quantitative des FACA doit s’accompagner d’un renforcement qualitatif, tant sur le plan opérationnel que logistique. La question du financement, de la soutenabilité budgétaire et de la coordination avec les autres acteurs du secteur de la sécurité reste également centrale pour garantir l’efficacité des réformes engagées.
En définitive, près d’une décennie après le lancement du processus de reconstruction de l’armée nationale, la réforme des Forces armées centrafricaines apparaît comme un chantier en cours, marqué par des avancées notables mais aussi par des défis persistants. La Loi de programmation militaire 2025-2032 constitue un cadre de référence destiné à consolider les acquis et à structurer l’action de l’État dans le domaine de la défense, dans un contexte où la sécurité demeure un enjeu majeur pour la stabilité et le développement de la République centrafricaine.
La Redaction