La hausse du prix des hydrocarbures ne fait évidemment pas plaisir. Elle touche directement le portefeuille des ménages et risque d’avoir des répercussions sur le transport et le prix des marchandises. Mais derrière cette décision difficile, il y a une réalité que la Centrafrique ne peut plus ignorer : le coût de l’approvisionnement en carburant pèse lourdement sur une économie qui dépend des importations.
Le gouvernement a donc choisi d’agir.
Pour les particuliers, le litre d’essence est désormais fixé à 1 150 FCFA et le gasoil à 1 400 FCFA. La ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Edwige Opportune Pouninguinza, a expliqué les raisons de cette révision des prix.
Le Président de la République, Faustin-Archange Touadéra, appelle pour sa part les Centrafricains à faire preuve de patience.
Ce message ne doit pas être interprété comme une invitation à ignorer les difficultés des ménages. Il doit plutôt être compris comme un appel à traverser une période économiquement contraignante avec responsabilité.
Car une question essentielle se pose : que se serait-il passé si l’État avait choisi de ne rien faire ?
Un prix maintenu artificiellement bas aurait-il garanti durablement l’approvisionnement ? Aurait-il empêché les difficultés liées au coût d’achat, au transport, à l’assurance ou au stockage ? Rien ne permet de l’affirmer.
Dans un pays importateur, le carburant a un prix réel. Et lorsque ce prix augmente sur les marchés internationaux, la contrainte finit nécessairement par atteindre le consommateur.
C’est une réalité économique qu’il faut regarder en face.
Cela ne signifie pas pour autant que les conséquences sociales doivent être minimisées.
Dans sa lettre adressée au Premier ministre le 30 septembre, le sociologue Faustin Zaméto a alerté sur les risques d’inflation et sur la dégradation du pouvoir d’achat des ménages.
Cette alerte doit être considérée comme un point de vigilance.
Car le carburant est au cœur de toute l’activité économique. Une hausse mal maîtrisée peut entraîner une augmentation du transport, des coûts d’acheminement et, par effet domino, du prix de certains produits.
Le gouvernement doit donc désormais réussir la deuxième étape : empêcher que la hausse nécessaire du carburant ne devienne une hausse incontrôlée du coût de la vie.
Cela passe par un suivi rigoureux des prix, un dialogue permanent avec les opérateurs économiques et une attention particulière aux ménages les plus vulnérables.
Mais cette situation doit aussi nous pousser à préparer l’avenir.
La Centrafrique doit renforcer ses capacités de stockage, mieux anticiper les fluctuations du marché, diversifier ses sources d’approvisionnement et explorer davantage les opportunités régionales.
L’évolution des capacités de raffinage en Afrique, notamment au Nigeria avec la raffinerie de Dangote, montre que le continent évolue. Bangui doit rester attentive à ces transformations et étudier toutes les solutions susceptibles de renforcer sa sécurité énergétique.
La transparence doit également accompagner la décision.
Le citoyen doit pouvoir comprendre comment est constitué le prix à la pompe : achat du produit, transport, assurance, stockage, taxes et autres charges.
Plus les explications seront précises, plus la compréhension sera grande.
Le gouvernement n’a donc pas choisi la facilité. Il a choisi de prendre une décision économiquement sensible dans un contexte contraignant.
Il faut le reconnaître.
Mais cette décision doit maintenant produire une dynamique plus large : sécuriser l’approvisionnement aujourd’hui et préparer une meilleure résilience énergétique demain.
La population a raison de s’interroger.
Le gouvernement a raison de prendre en compte les contraintes économiques auxquelles le pays est confronté.
Les deux réalités peuvent parfaitement être entendues en même temps.
« Faites preuve de patience », a demandé le Président de la République.
Cette patience doit être accompagnée de résultats.
Que le carburant reste disponible.
Que les prix soient surveillés.
Que les ménages vulnérables soient pris en compte.
Que les alternatives d’approvisionnement soient recherchées.
Et surtout, que cette période difficile serve à construire une politique énergétique plus anticipatrice et moins vulnérable aux chocs extérieurs.
Une hausse n’est jamais agréable. Mais parfois, gouverner consiste précisément à prendre des décisions difficiles aujourd’hui pour éviter des difficultés plus grandes demain.
À présent, l’essentiel est de tenir le cap
