La terre est l’un des rares patrimoines dont dispose la République Centrafricaine en abondance. Elle nourrit, elle fait vivre et, lorsqu’elle est correctement exploitée, elle peut également créer de la richesse et des emplois. Dans un pays où une grande partie de la population dépend directement ou indirectement de l’agriculture, il est difficile de concevoir un véritable développement économique sans placer ce secteur au cœur des priorités nationales.
Pourtant, en République Centrafricaine, l’agriculture demeure largement dominée par une production vivrière, familiale et peu mécanisée. Elle permet à de nombreux ménages de subsister, mais peine encore à franchir le cap d’une agriculture moderne, productive et véritablement créatrice de valeur. Pendant ce temps, le pays continue de regarder avec beaucoup d’attention vers les richesses de son sous-sol : or, diamant, fer, uranium et autres ressources naturelles.
Ces ressources minières ont évidemment leur importance pour l’économie nationale. Mais elles ne devraient pas faire oublier une réalité essentielle : un pays ne se nourrit pas avec son sous-sol, mais avec ses terres. L’agriculture représente donc bien plus qu’un simple moyen de subsistance. Elle peut devenir un véritable moteur de transformation économique et sociale.
L’histoire économique de plusieurs grandes puissances montre d’ailleurs qu’une agriculture productive peut constituer un puissant levier de développement. Les États-Unis disposent d’un secteur agricole parmi les plus puissants et les plus productifs du monde, avec d’importantes capacités de production et d’exportation. Cette puissance agricole contribue à leur poids économique et à leur capacité à intervenir sur les marchés alimentaires mondiaux.
L’Afrique offre également des exemples qui méritent l’attention de la République Centrafricaine. La Côte d’Ivoire a progressivement développé une agriculture tournée vers les marchés internationaux et s’est imposée comme le premier producteur mondial de cacao. Le Ghana, tout en disposant d’importantes ressources minières, a également développé une filière cacaoyère majeure. Ces expériences montrent qu’un pays peut exploiter ses ressources naturelles tout en faisant de l’agriculture un pilier stratégique de son économie. Alors, pourquoi la République centrafricaine ne pourrait-elle pas, elle aussi, transformer son immense potentiel agricole en véritable richesse nationale ?
Le pays dispose de vastes terres, d’un potentiel hydrique important et d’une diversité agro écologique favorable à plusieurs productions. Pourtant, la mécanisation reste limitée, l’accès au financement demeure difficile, les infrastructures rurales sont insuffisantes et les circuits de commercialisation restent fragiles. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux intrants, aux équipements, aux marchés et aux moyens de conservation et de transformation des produits agricoles.
Le défi n’est donc pas simplement de produire davantage. Il faut produire, transformer et commercialiser. C’est à cette condition que l’agriculture pourra passer d’une activité essentiellement destinée à la subsistance à une véritable industrie génératrice de revenus, d’emplois et de recettes pour l’État.
La République centrafricaine doit ainsi repenser sa politique agricole. Investir dans les routes rurales, l’irrigation, la mécanisation, la formation des producteurs, l’accès au crédit, les coopératives, le stockage et la transformation locale doit devenir une priorité. Car vendre une matière première brute rapporte moins que la transformer sur place et créer autour d’elle toute une chaîne de valeur.
La RCA ne doit plus seulement être un pays qui possède des terres fertiles. Elle doit devenir un pays qui sait les valoriser.
HILAIRE DEBALLE
